jeudi 16 mai 2024

ACTIONS : Compte rendu de la maraude du 4 Mai 2024

 

Voici le compte rendu de notre dernière maraude organisée par Françoise :

Merci pour vos dons en nature ou espèces qui nous ont permis d'assurer cette nouvelle maraude du 4 Mai. Nous sommes partis de Fayence avec trois véhicules remplis à ras bord.

Soixante-dix délicieux repas ont été distribués durant plus d'une heure lors de cette maraude plutôt calme, à peine perturbée par un rodéo urbain organisé sur le parking d'à côté et quelques personnes " égarées " par l'alcool qui ont défilé parmi tant d'autres, dans le calme devant les tables sans rubalises...

Un test qui a plutôt bien fonctionné puisque la plupart connaissent le fonctionnement de la distribution.

Nous étions 12 derrière celles-ci à les accueillir ( dont 3 nouvelles, Irène, et deux étudiantes de Menton : Mara et Émilia ) et à leur offrir le repas, le sac de victuailles, les produits d'hygiène, des vêtements et couvertures. Visages fermés pour certains, mais surtout des souriants devant tant de choses offertes.

On a soigné à coup de Biafine un gros coup de soleil d'un Français (?), un peu perdu, qui s'était endormi sur la plage ce jour-là. Il a été heureux d'apprendre que tous les soirs un repas était servi sur ce parking.

Rosario a pu jouer au pharmacien sans frontière en allant à la pharmacie à la place d'un jeune Marocain, à qui on refusait de lui donner son traitement contre l'épilepsie sur ordonnance.. pourtant hautement nécessaire pour lui éviter des crises et des chutes qu'il avait déjà eues et qui l'avaient blessé à l'arrière de sa tête.. Grâce à Shara qui y a pensé, c'est lui qui a hérité discrètement à la fin de la maraude du vélo reçu le matin même à la collecte. Heureux qu'il était pour tout ceci ! Il souhaitait maintenant retourner au Maroc.
Il y avait une grosse présence policière en tenue et en civil ( ces derniers, même de loin, ne sont pas très rigolos ) comme maintenant tous les soirs ... et qui ont regardé sans intervenir une bagarre en dessous du pont qui s'est heureusement terminée comme toujours grâce à deux réfugiés "négociateurs".

Merci à toutes ces belles équipes du jour et de la nuit, et surtout aux nouvelles maraudeuses qui se sont bien vite adaptées à notre folle équipe du samedi soir.


Voici le témoignage de Martine :

Une maraude très tranquille puisque peu de migrants ... donc le temps d'échanger avec eux un peu plus ... Par contre, je les ai trouvés plus abîmés ... Est-ce la pluie qui les fatigue ou est-ce que les plus en forme ont trouvé le moyen soit de travailler (à bas prix et au noir), soit ont réussi à quitter cette frontière ? Encore bravo à tous pour une organisation sans faille qui permet de faire cette distribution dans un grand respect des personnes.


Et celui de Félix :

Elle attend, seule au milieu du parking du cimetière. Chaque soir, elle est là depuis deux mois. Elle est debout, appuyée contre sa valise roulante, un sac de voyage serré entre ses pieds. Elle se tient bien droite, digne, impassible. Quand on s’adresse à elle, ses yeux s’illuminent un peu, elle lâche deux mots en italien. Elle est d’ailleurs, on ne sait pas d’où, on dirait qu’elle attend un train. Elle a le regard perdu au loin, elle espère.

Les deux amis avancent tranquillement dans la file d’attente. L’un a une main posée sur l’épaule de l’autre. Ils sont venus ensemble d’un douar de la région de Casablanca. « Vous êtes amis, vous avez fait la route ensemble ? ». Ils sourient tous deux, on sent leur complicité, leur confiance. L’un est aveugle et l’autre le guide. Pas après pas, un obstacle devant l’autre. Ils iront ensemble jusqu’au bout de leur rêve.

Le vieux a une gueule de routard, peau cramée par le soleil, le froid aussi. Il vit dehors depuis des lustres, sa barbe blanche mange son visage. Il me parle dans un patois de français et d’italien, il a la voix forte d’un type qui n’a pas peur. Deux gars se battent sous le viaduc à cent mètres, on entend leurs cris, on devine leur empoignade, un homme s’interpose, les calme, semble-t-il. Le routard me rassure : « C’est comme ça tous les soirs, ils ont trop bu. J’étais comme ça, je faisais des bêtises, je buvais, je volais. Maintenant, c’est fini, je suis un homme tranquille. Je veux m’en sortir. »

Hossine vient de Nador sur la côte méditerranéenne du Maroc. Il est parti de chez lui il y a trois ans. Deux années à Lyon dans la restauration. Un emploi précaire ˝sans papier˝ dans lequel il se plaisait et faisait peut-être excellence, il est un garçon très sympathique. Mais voilà, pas de papier : OQTF, Obligation de Quitter le Territoire Français, retour à la case départ en Italie, pays d’arrivée en Europe. Il dort sous une tente à l’abri du Viaduc dans la jungle au bord de la Roya. « C’est très dur, je suis toujours obligé de surveiller. Je suis malade » Il me montre son pansement à la tête, il est tombé, il fait des crises d’épilepsie -il se soigne depuis 15 ans- il n’a plus de médicaments. Je lui parle de Caritas, de Médecins du Monde. Il me montre son dossier médical, l’ordonnance délivrée par les médecins de Caritas. Les pharmaciens ont refusé de lui donner le médicament. C’est insupportable. Rosario part en urgence en quête d’une pharmacie encore ouverte. Après négociation, il revient avec le précieux médicament. Hossine s’illumine. On lui donne le vélo amené à tout hasard par Shara. On voudrait pouvoir lui attribuer une AVLE, une Autorisation de Vivre Librement en Europe.


Et celui de Bernard :

Il n'est pas fréquent de voir l'armée nous accueillir lors de notre arrivée au parking de Vintimille ! Entre ces militaires avec tout leur barda, et les habituels policiers, nous étions plus nombreux que les rares migrants qui nous y attendaient. L'ambiance était d'autant plus étrange que se déroulait dans le quartier comme une course poursuite et c'est dans le vrombissement de véhicules qui s'entrainaient pour une compétition automobile que nous avons installé le dispositif de la distribution.

Pendant ce temps, puis tout au long de la soirée, les migrants sont arrivés au compte gouttes, mais au final nous avons distribués près de 70 repas et failli manquer de contenants pour distribuer les repas chauds ; mais grâce à l'ingéniosité de nos bénévoles, ce problème fut rapidement surmonté !

Un migrant, d'origine japonaise et complètement tatoué, attirait le regard, car il s'est installé, très digne, sur un grand tapis et, s'entourant de coussins, s'appropria les lieux comme s'il était chez lui. Il semblait suivre un rituel tant ses gestes étaient méticuleux, mangeant avec précaution les quelques vivres que nous lui avions données.

Un autre, habillé tout en vert et portant une casquette blanche, traversait sans arrêt le parking en discutant avec son téléphone. Son comportement paraissait étrange, et il n'est pas certain qu'il y avait véritablement quelqu'un au bout du fil.

J'ai longuement discuté avec un monsieur assez âgé, qui avait rangé son vélo à côté du véhicule à partir duquel je distribuais les couvertures. Il avait mis de la musique et cela mettait un peu d'ambiance, et c'est comme cela qu'on a discuté et sympathisé. " Tu comprends, tu comprends .. " me dit-il constamment. En fait, il parlait un mélange de français et d'italien et je ne comprenais peut être qu'une phrase sur deux ou trois. Mais suffisamment pour savoir qu'il parlait de la situation terrible sous le pont, des trafics de drogues ou de cigarettes, du comportements agressif de certains sous l'emprise de la drogue ou de l'alcool, parfois même en ville devant une boulangerie ... Ses propos faisaient alors écho aux vociférations, plutôt que des bagarres, qui provenaient au même moment de sous le pont.

La distribution de couvertures a eu beaucoup de succès, chacun pouvant prendre le temps de voir ce qui était disponible et de choisir celle qui lui convenait. Un jeune marocain a ainsi pu notamment remplir un grand sac rouge et jaune, de belle facture et quasiment neuf, de plusieurs articles. Il était accompagné d'un autre jeune homme, qui ne le quittait pas, et dont Félix nous a appris plus tard qu'il était malvoyant. Le premier s'occupait du second comme s'il s'agissait de son frère, avec la délicatesse et la gentillesse d'une mère.

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Vous trouverez aussi le compte rendu de Shara sur le site:

 https://www.gofundme.com/pays-de-fayence-solidaire-charity-appeal

5 mai 2024par Shara QuartermaineOrganisateur

Yesterday we had our food collection point at Fayence in the morning and then loaded up the véhicules in the afternoon and headed down to Ventimiglia. We had plenty of supplies to give to Progetto, one of the NGOs operating in Ventimiglia - as they are there 7 days a week and organise the showers for the refugees, we try to keep them stocked up with shower gels and clean towels. Having dropped that off, we went and set up the tables and unloaded the food, toiletries, underwear and blankets. It is still surprisingly cool at night and the blankets were a great success! Felix and Rosario came to the aid of a gentle young Moroccan who could not get his prescription medication for epilepsy at the pharmacy - he was terribly upset as he had injured himself having a fit. Rosario dashed off to the closest pharmacy and managed to get the meds for him. He was thrilled - and relieved! He had been working in France for 2 years at a bakery but had been handed a « OQTF » (according to the Dublin Treaty he had to return to the country which he had first arrived in - Italy in this case. Apparently he just wants to get back to Morocco now - so we wished him the best of luck and said good bye. Well fed and with plenty of supplies they all slowly left the car park to find shelter for the night. And we drove back to France to our homes - knowing that at least Pays de Fayence Solidaire had done what it could for the refugees that evening. Many many thanks for your support and interest in what we do.

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