dimanche 26 mai 2024

PARTENAIRES : [info-solidarites-internationales-europe] 2023 : les routes migratoires évoluent, le nombre de personnes décédées aux frontières augmentent

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 Un petit point d’information sur l’évolution des routes migratoires en 2023 et de la coopération avec les pays de départ qui en découle.

 Et une vidéo à partager, réalisée dans le cadre des élections européennes, sur les personnes mortes ou disparues en migration :

https://www.instagram.com/p/C7UTTBUPY5r/

https://www.facebook.com/reel/412589941602332

 

2023 : les routes migratoires évoluent, le nombre de personnes décédées aux frontières augmentent

 

« En 2023, l'Europe a fait face à un rebond migratoire », Le Monde , « Immigration : le nombre d’entrée irrégulières dans l’UE en 2023 atteint un niveau record », le JDD, « Espagne : le nombre d’arrivées de migrants a presque doublé en 2023 », le Figaro … :

que se cache-t-il derrière ces titres chocs trouvés dans les médias ?

 

Selon l’organisation internationales des migrations (OIM), 2023 est l’année la plus meurtrière aux frontières depuis 2014, année où l’organisation a commencé à décompter les personnes mortes ou disparues sur les routes migratoires. En 2023, 8 565 personnes seraient décédées ou disparues en migration dans le monde, dont une majorité sur les routes menant à l’Europe.

 

Les arrivées ont aussi augmenté. De 17% en 2023 selon Frontex, ce qui représente le chiffre le plus élevé atteint depuis 2016. Mais c’est en particulier sur les routes maritimes de la Méditerranée et de l’Afrique du Nord et de l’Ouest, par lesquelles 270 000 personnes ont rejoint les côtes européennes en 2023 selon le HCR, que l’augmentation (69%) par rapport à 2022 (160 100 arrivées) se fait sentir. Et c’est aussi sur ces dangereuses routes maritimes que le nombre de personnes décédées ou disparues est le plus élevé, passant de 2 583 personnes en 2022 à 4 100 personnes en 2023, soit près de la moitié de l’ensemble des personnes migrantes mortes ou disparues dans le monde.

 

Si le nombre de personnes décédées ou disparues sur ces routes maritimes a augmenté, c’est notamment car celles-ci se sont reconfigurées, avec des points de départ de plus en plus éloignés.

Au-delà des chiffres, le même constat peut être fait, année après année: les changements de routes opérés au gré de l’augmentation de la répression aux frontières entraînent des parcours plus longs, plus périlleux et plus meurtriers.

 

Des routes migratoires en reconfiguration

 

EN MÉDITERRANNÉE, la majeure partie des arrivées sur les côtes italiennes en 2023, provient des côtes tunisiennes, alors que ces dernières années celles en provenance de la Libye étaient les plus nombreuses. La route maritime depuis la Tunisie demeurait essentiellement empruntée par des ressortissant·e·s tunisien·ne·s or, en 2023, ces derniers représenteraient seulement 9,8% des arrivées depuis les côtes tunisiennes. La majorité des personnes ayant rejoint l’Italie par cette route était originaire d’Afrique subsaharienne, dans un contexte où cette population a été pourchassée en Tunisie après les propos en février 2023 du président tunisien, Kaïs Saïed sur « les hordes de migrants clandestins », ayant entrainé une explosion de la violence à leur encontre, et une vague d’arrestations et de refoulements aux frontières algérienne et libyenne.

 

En Libye, les routes migratoires se sont également reconfigurées. Les départs traditionnellement effectués à l’ouest, dont la proximité avec l’Italie et en particulier avec l’île de Lampedusa est plus grande (moins de 300km), se réalisent aussi à présent beaucoup plus à l’Est, vers Tobrouk, augmentant la longueur de la traversée de près de quatre fois, et par conséquent, les risques.

 

SUR LA ROUTE ATLANTIQUE VERS LES CANARIES, les arrivées ont atteint en 2023, 40 330 personnes, un chiffre sans précédent depuis l’arrivée de plus de 31 600 personnes en 2006. Les points de départ se sont éloignés vers le Sénégal voire la Gambie, au détriment des côtes sud du Maroc distantes de 214 km à vol d’oiseau de l’île de Fuerteventura, tandis que ce sont 1500 kms depuis Mbour, au Sénégal. Selon l’analyse de l’association espagnole Caminando Fronteras, ces changements de route seraient à la fois liés à un contexte politique instable au Sénégal et au renforcement du dispositif de surveillance maritime.

 

Selon l’OIM, 959 personnes ont perdu la vie sur cette route en 2023. Mais selon Caminando Fronteras, il s’agirait de 6 007 personnes mortes ou disparues cette même année. L’énorme écart entre ces chiffres montre une fois de plus les incertitudes et les difficultés du « comptage des morts ». Caminando Fronteras qui effectue un suivi des traversées à travers un numéro d’urgence décompte aussi les bateaux disparus avec l’ensemble des personnes à leur bord. Ce chiffre a atteint 84 embarcations en 2023.

 

Quelle réponse des responsables européennes?

 

Ciblant les pays depuis lesquels l’augmentation des départs a été constatée, en s’appuyant notamment sur les données de Frontex, les responsables européen·ne·s continuent de mettre en œuvre les mêmes mécanismes : renforcer la coopération avec les pays de départ pour les inciter à lutter contre l’immigration dite irrégulière et donc empêcher les départs.

 

Un accord européen a ainsi été signé avec la Tunisie dès juillet 2023, malgré le contexte hostile envers les populations migrantes dans le pays. Ce mémorandum d’entente sur un partenariat stratégique et global contient un appui budgétaire de 150 millions d’euros, et se fonde sur « l’importance de renforcer la coopération pour lutter et diminuer les flux migratoires irréguliers et sauver des vies humaines ». À travers cet accord, la Tunisie s’engage notamment à lutter contre les « réseaux criminels de passeurs de migrants et de trafiquants d'êtres humains », la « gestion efficace des frontières » et le « développement d'un système d'identification et de retour dans leur pays d'origine des migrants irréguliers déjà présents en Tunisie ».

 

Le même schéma a été appliqué sur la côte ouest de l’Afrique, avec un récent accord signé en mars 2024 avec la Mauritanie. Quelques semaines avant l’annonce de la signature, la presse rapportait que 80% des arrivées sur les îles Canaries en janvier 2024 provenaient de la Mauritanie.  Poursuivant la même logique que celui conclu avec la Tunisie, ce partenariat UE-Mauritanie prévoit un soutien financier de 210 millions d’euros contre l’engagement de la Mauritanie à lutter contre les passeurs, renforcer la gestion des frontières, et favoriser les « retours ».

 

 Quelque soit le nombre d’arrivées considérées comme irrégulières, qu’elles augmentent ou qu’elles baissent suivant les années, les statistiques au niveau mondial sont limpides : 97% de la population mondiale reste dans son pays de naissance et un grande partie des personnes en migration dans le monde s’exile dans un pays voisin.

 

Les mécanismes de mise à l’écart des personnes étrangères notamment par le renforcement des contrôles aux frontières ne font donc pas nécessairement diminuer le nombre de personnes qui tentent le passage. En revanche, ils les poussent à emprunter des routes plus dangereuses, à se tourner vers des intermédiaires et à entrer dans la clandestinité, les rendant encore plus vulnérables.

 Pour retrouver les propositions de La Cimade sur les politiques migratoires européennes, c’est par ici.

 Plus d’information sur les chiffres et les données cités :

·           Site du HCR sur la situation en Méditerranée : Operational data portal, Mediterranean situation

en particulier : HCR, Europe situation, Data and Trends, arrivals and displaced populations, décembre 2023 et décembre 2022

·           Site de l’OIM sur les migrants disparus : Missing migrants project

·           Caminando FronterasRapport droit à la vie 2023

·           FrontexAnnuel Brief 2023

 

·           UE-Tunisie, Mémorandum d’entente sur un partenariat stratégique et global

·           UE-Mauritanie, Déclaration conjointe établissant un partenariat conjoint sur les migrations

 

·           OIM, État de la migration dans le monde – 2024 – version interactive